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Parution dans Bacchanales n°48 (Maison de poésie Rhônes-Alpes)

thème Désobéissances 

 

le soleil pousse 


il entre 

pâle et vêtu d'un long manteau noir 

il pose son index sur ses lèvres 

il demande le silence 

il regarde ses cuisses 

il lève son regard vers elle 

il la supplie de tout son corps 

elle comprends 

elle ne tremble pas 

elle se lève lentement de la banquette en bois 

elle se plante près de la fenêtre 

il ôte son manteau 

il lui tend 

il entre dans le coffre 

elle s'approche 

elle baisse le couvercle 

elle se rassoit 

elle pose le manteau noir sur ses cuisses 

elle tend son regard vers le paysage qui défile 

elle regarde la campagne 

elle ne tremble pas 



la campagne est belle et tranquille 

la campagne ne sait rien de la guerre 

la machine file sur les rails 

elle se souvient quand elle la regardait depuis la fenêtre de sa chambre 



maintenant elle est dedans 

maintenant elle est dans la machine 

maintenant elle va travailler 

maintenant elle a peur 



et quand le train s'arrête en gare 

des hommes montent dans la machine 

ils sont grands et leurs mots font comme des couteaux 

ils en lancent dans chaque wagon 

ils en lancent dans chaque compartiment 

le bruit de leurs pas fait choquer son cerveau contre son crâne 



pendant quelques secondes tout redevient silencieux 

rien ne bouge 

le temps paraît figé sur place 

comme la lumière 

comme le paysage 

comme son cœur dans sa poitrine 



puis soudain l'avalanche 

les pas déboulent 

la porte s'ouvre 

un homme lance les mots qui font comme des couteaux 

il en plante un dans ses yeux 

il en plante un dans son crâne 

il en plante un dans sa poitrine 

elle fait un léger non de la tête 

les lames s'enfoncent plus profond 

elle ne cille pas 

elle abaisse son regard vers le sol en bois 

son visage devient rouge 

elle sent comme une déflagration dans son bassin 

l'homme renifle sa peur 

l'homme sourit 

elle sent son sang se geler 

les secondes font comme des siècles 

le silence l'enlace de ses bras de mort 

elle sent déjà les mains s'abattre sur sa gorge 



l'homme dit « bonne journée » 

ses mots n'ont pas frappé 

les bras se sont évaporés 

les couteaux se sont enfuis 

avec la machine le temps reprend sa course le long des rails 

le sang se réchauffe 

les larmes jaillissent 



elle a fait non de la tête 

elle n'a pas dit qu'il était sous elle 

elle n'a pas tendu le manteau 

elle a menti aux hommes et leurs pas qui font trembler les crânes 

elle a menti aux hommes et leurs mots qui font comme des couteaux 

elle ne sait pas si c'est bien 

elle ne sait pas si c'est mal 

elle ne se sent ni triste ni gaie 

elle ne se sent ni honteuse ni fière 

elle se sent comme la campagne qui ne sait rien de la guerre 

elle regarde le paysage filer 

calme et tranquille 

elle n'a pas cillé 

elle n'a pas tremblé 

elle l'entend respirer sous ses cuisses 

il dit « merci » 

elle serre le manteau 

elle regarde la campagne 

le soleil surgit à l'horizon 

il entre dans sa peau 



Publication dans la revue Teste

Mon texte  "so sauvage" a été publié cet automne 2022 dans la revue pluridisciplinaire (poésie, prose, photo, dessins,...).

Extrait:  
mon corps est un marais fantastique
où reptiles étincelants prolifèrent
et méduses arc-en-ciel caressent mes cuisses
je m’exile vers l’aurore
le tissu de la nuit craque
les lucioles frappent ma bouche
corps cousu de roseaux et plantes ligneuses
l’eau saumâtre ruisselle
l’estuaire apparaît
une brise iodée nourrit mon sang
une couche visqueuse aux reflets métalliques
m’enrobe elle craquelle
je me laisse dériver
âme en peine des tourbières
je frôle un if subaquatique
de son tronc monstre jaillissent millier de branches 

Eunice 13h02

Hydre à deux têtes : • Femelle Alpha • Mâle Oméga 
Poésie brute, celle des inconscients, des généreux, des nomades et de leurs tempêtes.
Eunice 13h02. Texte, voix,, révolte et Art brut. 

Cliquer sur l'image pour écouter les audiopoèmes.

mais le tronc vit encore 
survit à la nuit encore une 
avec ses fantômes ses loups ses autres troncs des grands des
écrasants des qui-font comme-des-grenades explosion silencieuse dans 
nos troncs dans nos ruines
ça fait des miettes sales qu’on ramasse au matin

la nuit des ruines dévorent d’autres ruines

Sumballein

Présentation de mon recueil de poèmes publié aux éditions Phloème  le samedi 14 mai à la librairie Planète IO à Rennes


 « Nous avons écrit ensemble. Nous étions deux. Avec le reste du monde. Nous avons jeté nos oripeaux, nos vieilles carcasses, et celles pas encore nées. C'est nous que nous avons jetés. Nous-mêmes. Nous nous sommes jetés. À corps perdus. Dans le tunnel. Dans le passage. Dans la forêt. Dans la nuit. Dans le rêve et dans notre propre corps. Notre corps était le tunnel. Nos deux corps.

 Tout a commencé par une fissure, une faille, un néant. Quelque chose s'est effondré. Un vide s'est créé. Un blanc. Une nuit noire. Un lieu clos. Infini. On s'est engouffrés. On s'est lovés. On a traversé la béance. On s'est transformés, créés, recréés. On s'est cassés, retrouvés, reconnus. Nous sommes nés. Nous sommes passés. Lui, moi, les mots, le monde. 

 par à-coups le corps 
par à-coups le corps a éclos des fêlures 
par à-coups le corps de deux corps a éclos 
à coups de coutures découpées
 à coups de découpes dans le corps
 à coups de souffle trempé
 à coups de falaises écroulées 
un corps dans un corps 
éclosion de deux corps
 coup d'éclat ! 

Carabosse

Lancement du n° 1 de la revue poétique et féministe: "nos corps manifestes"
Le12 mai à la librairie Planète Io à Rennes


Un duo de femmes amoureuses du verbe qui, plutôt que de carabosser chacune dans leur coin, ont décidé de carabosser ensemble ! Des chevaleresses un peu cabossées de la cafetière mais vaillantes, qui ont entrepris de se lancer à l’assaut des forteresses d’une virilité parfois vénéneuse ! Allons, la virilité n’a pas de sexe ! Carabosse est virilei, tenons-nous le pour dit, elle ne se laissera pas dicter par la voix dominante ! Elle tend à dépolariser les sujets qui fâchent. Non sans avoir auparavant dépoussiéré et concocté quelques colifichets à l’encontre des plus retardataires tous sexes confondus. 

Vous trouverez dans notre revue, non seulement des plumes singulières, mais aussi, des notes de lecture, des interviews d’écrivaines, des papiers sur l’actualité culturelle et politique. Le numéro 1 de la revue se proposera d’explorer les territoires d’un corps féminin qui s’émancipe. Le chemin à parcourir est encore long. Nous trébuchons souvent, nous relevons ragaillardies et plus riches de nos petites défaites. Nous appréhendons un corps qui s’affranchit des normes, se réinvente. Notre désir se libère. Il s’impose avec une audace inédite sur la scène poétique.

« Nous ne ferons que poser quelques jalons dans le foisonnement d’une langue poétique qui se redéfinit sans cesse et cherche à redessiner les contours du sujet-cops, chair féminine éprise, mais refusant de se laisser accaparer au détriment de son désir propre. » (Edito)

i Du latin « virilis », l’adjectif viril prenait autrefois un E, explique Christine Castelain - Meunier, sociologue à l’EHESS et au CNRS des normes, se réinvente.